Simona De Silvestro : Se trouver là où l’on peut gagner.

« Pourquoi n’emmenez-vous pas Simona participer à des courses ? » Si quelqu’un n’avait pas dit cette phrase à ses parents sur la piste de karting où Simona De Silvestro avait déjà pu faire quelques tours quand elle était petite, qui sait si la jeune femme, aujourd’hui âgée de 33 ans, serait devenue la première pilote d’usine Porsche. Entretien sur la réalisation des rêves personnels.

Simona, avec le recul, quelle a été ta chance la plus grande dans ta carrière de sportive automobile?

Le fait d’avoir toujours été entourée de gens qui m’ont soutenue. À commencer par mon père, il m’a toujours encouragée, et c’est aussi lui qui m’a transmis le virus de la course.

Parce que lui-même a fait de la course?

Non, il possède une concession automobile et il était passionné de sport automobile. J’avais le droit de regarder avec lui la Formule 1 à la télévision et puis, à l’âge de quatre ans, j’ai pu conduire sur ses genoux lors d’une démonstration de karting qu’il avait organisée. J’ai tout de suite voulu conduire toute seule, mais évidemment, j’étais encore trop petite, alors j’ai fait tout un cinéma. Mes parents ont essayé de me calmer en me disant quelque chose du genre « quand tu seras grande… ». Je les ai harcelés jusqu’à ce que je reçoive enfin mon premier minikart, à l’âge de six ans.

Qui a reconnu ton talent?

Sur la piste de karting, quelqu’un a dit à mes parents : « Pourquoi n’emmenez-vous pas Simona participer à des courses ? » J’avais sept ans. C’est effectivement ce que mes parents ont fait, et c’est comme ça que j’ai gagné ma toute première course, un jour où il ne faisait que pleuvoir.

Simona De Silvestro, 2020, Porsche Schweiz AG

Et que tu as décidé si jeune de devenir pilote de course?

Pas immédiatement, parce que j’étais aussi assez bonne en tennis. J’ai toujours été très sportive, mais pour moi, le karting, c’était nettement plus chouette que le tennis. C’est à 11 ou 12 ans que j’ai vraiment su que je voulais faire de la Formule 1.

Direct?

Ben oui, il faut se fixer des objectifs ! En tout cas, à partir de là, j’étais sacrément déterminée ! J’étais passionnée, tellement passionnée que j’étais prête à mettre tout le reste de côté, et c’est ce que tu dois faire si tu veux réussir dans ce sport.

As-tu réussi à intégrer la Formule 1?

En 2014, je faisais partie de l’équipe de F1 Sauber et j’ai suivi pendant un an le programme de formation interne, mais on ne m’a jamais fait courir.

Simona De Silvestro, 99X Electric, 2020, Porsche Schweiz AG

Ça a été difficile pour toi?

Disons qu’à ce moment-là, je n’étais pas satisfaite de la façon dont les choses se passaient pour moi. J’ai fait mes valises en deuxième année de maturité et, à 17 ans, après une saison dans la série italienne Formule Renault 2.0, je suis partie aux États-Unis et j’ai couru en Formule BMW.

Toute seule? Chapeau! Qu’est-ce qui t’a donné une telle motivation?

Pour moi, c’était l’occasion de me rapprocher encore plus de mon rêve. J’ai vraiment vécu avec l’équipe Euro International, pour laquelle j’ai pu courir. J’ai même habité chez eux. J’étais tous les jours à la boutique de course et je donnais un coup de main, entre autres pour payer un peu mes frais de logement et de nourriture. Mais le plus génial, c’était de pouvoir tous les jours être au milieu des voitures et parler avec les ingénieurs. Ça m’a vraiment permis d’apprendre beaucoup de choses.         L’anglais aussi, bien sûr, mais ça a été très vite.

Tu n’as pas eu le mal du pays?

Tout était nouveau et excitant. Et quand j’avais le mal du pays, il y avait les voitures autour de moi, et elles me rappelaient pourquoi j’étais là et dans quel but. La saison durait sept mois, de mars à septembre, c’était gérable. Cette expérience m’a rendue plus forte, car j’ai fait mon « truc ».

Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite?

Après un essai sur une voiture IndyCar fin 2009, j’ai eu pendant un an une place chez HVM Racing dans l’IndyCar Series de 2010, que j’ai terminé élue rookie de l’année. Ensuite, j’ai couru pendant quatre saisons dans les IndyCar Series aux États-Unis. Ce n’était pas la Formule 1, mais ça s’en rapprochait sacrément et j’ai eu pas mal de succès. J’ai été la troisième femme à monter sur un podium en IndyCar. Faut le faire ! Mais ce que je trouvais dur, c’était de ne pas percer en F1.

Parce que les femmes sont désavantagées dans ce sport?

Je ne dirais pas les choses comme ça ; le fait est que les hommes vont droit au but et que les femmes hésitent toujours pendant un certain temps. C’était aussi mon cas, mais j’ai saisi toutes les chances qui me permettaient de me rapprocher de mon rêve. J’ai fini par comprendre que la catégorie dans laquelle on court n’est pas si importante. Il faut vivre le moment présent, ne pas regarder à droite et à gauche, et se trouver de préférence là où l’on peut gagner. Après, tout vient automatiquement.

On ne cesse de déplorer qu’il n’y ait pas plus de femmes qui s’intéressent aux métiers techniques. Pourquoi en est-il ainsi, d’après toi?

Simplement parce que les filles ne sont pas autant en contact avec la technologie. C’est dû à toutes sortes de choses, et bien sûr aussi à de vieux préjugés. Quand les filles font leur stage d’observation chez un coiffeur et dans une garderie alors que les garçons peuvent le faire chez un menuisier, et que personne n’a l’idée d’organiser les choses indépendamment du genre, il est inévitable que les filles se retrouvent encore dans des métiers dits typiquement féminins. D’ailleurs, l’inverse est aussi vrai. Avoir accès à la technique dès leur plus jeune âge devrait être plus naturel pour les filles. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir eu comme moi des parents technophiles, pour qui ça ne pose aucun problème de faire découvrir ce monde à une fille. Je trouve super des mouvements comme « Girls On Track », qui permettent aux filles, dès l’âge de 8 ans, de voir des karts, de les conduire et de s’entraîner à changer les pneus. Maintenant, elles peuvent aussi se plonger un peu dans l’atmosphère de la Formule E et voir qu’il y a aussi des femmes ingénieures.

As-tu des modèles?

Dans le sport automobile, je ne vois pas vraiment, mais j’aime les gens qui vont jusqu’au bout. Par exemple Serena Williams, je trouve que c’est une personne formidable. Ou Roger Federer. Agir, persévérer, peu importe ce que disent les autres. Car parfois la route n’est pas si droite que ça.

Justement, tu as aussi eu des accidents et des blessures. Ça ne t’a jamais détournée du sport automobile?

Non. Pour moi, il n’y a pas de plan B. Pas encore. D’une manière ou d’une autre, on va de l’avant. Je vis mon rêve, c’est le plus grand des bonheurs.

Pendant un certain temps, tu as aussi été pilote en Formule E?

Une expérience géniale ! Même si au départ, tout le monde était sceptique, à commencer par l’équipe et moi-même. La Formule E est une expérience complètement nouvelle, les règlements, les voitures, le son. Ensuite, en 2015 et 2016, j’ai pu courir avec l’équipe de Michael Andretti et je suis fière d’être la première femme à avoir marqué des points en Formule E.

Le sport automobile est très exigeant, il faut beaucoup s’entraîner. Que fais-tu pour rester en forme?

Je t’avoue que je ne suis pas trop motivée… J’ai un coach personnel deux fois par semaine. Nous suivons un programme adapté à mes besoins. Je joue aussi au tennis et au golf et j’aime aller en montagne pour faire de la randonnée ou du ski. En fait, je bouge tout le temps.

Simona De Silvestro, Porsche works driver, 2021, Porsche AG

Et puis avec tes engagements comme pilote d’usine Porsche, tu ne restes pas non plus les bras croisés…

Oh que non ! Je passe environ 25 week-ends par an sur les circuits. Je fais partie de l’équipe TAG Heuer Porsche Formula E, mais pas comme pilote. J’ai participé à la première saison de Formule E avec Porsche comme pilote d’essai et de développement. Cette saison, je suis pilote remplaçante, et donc, j’accompagne la troupe, au cas où. Une super équipe d’ailleurs, c’est plutôt sympa de pouvoir travailler dans un milieu aussi innovant.

Qu’est-ce qui rend Porsche si spécial à tes yeux dans le sport automobile?

Porsche est tout simplement la meilleure marque pour participer à ce sport. L’équipe, le feeling, l’héritage du sport automobile, les possibilités qu’on a avec Porsche - tout cela est vraiment unique.

Tu as dit que ce n’était pas toujours facile, comment te motives-tu?

Je suis là où j’ai toujours voulu être, dans le sport automobile. Je peux faire ce que j’aime, et depuis plus de 20 ans. Je n’ai pas besoin de plus pour me motiver. Je vis avec passion pour le sport automobile, même si ça impose beaucoup de sacrifices…

Par exemple?

Tout ce à quoi on renonce quand on est engagé dans le sport de haut niveau. La vie se réduit pratiquement aux circuits, aux paddocks et aux centres de développement. À part rester en forme physiquement et mentalement, ça laisse peu de place pour autre chose. 

Le prix à payer est élevé?

Non. Je suis parfaitement satisfaite d’être où je suis.

Info

Author: Dörte Welti

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WLTP*
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Consommation de combustible / Émissions
consommation de carburant en cycle mixte (WLTP) 11,7 – 11,3 l/100 km
émissions de CO₂ en cycle mixte (WLTP) 265 – 255 g/km
Classe d'efficacité: G