Une femme qui peint des flat 6 sur des plaques d’aluminium poli, ça n’est pas banal. C’est justement ce qui caractérise Sandrine Blondel, une artiste singulière.

On a coutume de dire qu’une œuvre d’art est l’expression de la personnalité de l’artiste qui l’a créée. Mais était-il vraiment possible d’imaginer qu’un petit bout de femme se cachait derrière ces peintures de flat 6 ? Probablement pas et cela tombe bien, car les a priori sont faits pour qu’on leur torde le cou. Pétillante, joviale et chaleureuse, Sandrine Blondel révèle sur des plaques d’aluminium des moteurs quasi organiques. Par son travail, elle met en majesté ce que l’automobile s’évertue la plupart du temps à cacher pudiquement sous des capots.

Habituée des grands rendez-vous des passionnés de voitures – Rétromobile, Goodwood, Essen, Pebble Beach – Sandrine navigue dans le milieu automobile comme
un poisson dans l’eau. Pourtant, elle n’est pas née dans cet univers, mais bien dans celui de la peinture. « Je suis issue d’une famille de peintres et, autant que je me souvienne, j’ai toujours dessiné. Après le bac, j’ai logiquement décidé de faire une école de peinture », confie-t-elle. Mais c’est directrice artistique d’une agence de publicité, en Côte d’Ivoire puis en France, qui sera son premier métier.

Jamais, au cours de ces années de graphisme, elle ne cesse de peindre dans son atelier de Ménilmontant. Au fur et à mesure, la passion prend le pas sur le professionnel. « Je me suis rendu compte que j’avais besoin de plus en plus de temps pour bien peindre. » En 2003, Sandrine franchit le pas et arrête le métier de graphiste pour se consacrer entièrement à la peinture. Une nouvelle vie qui n’est finalement qu’un retour à une envie d’origine. « Jeune, je n’avais pas osé choisir la peinture parce que j’avais peur de ne pas gagner d’argent. Eh bien j’avais raison ! »

C’est par hasard, en regardant un reportage sur la fermeture d’usines, que la jeune artiste trouve sa première source d’inspiration. « J’ai découvert ces structures industrielles magnifiques empreintes d’une certaine nostalgie et j’ai eu envie de les peindre. » Comme beaucoup d’artistes, Sandrine Blondel est une éternelle
insatisfaite, en quête constante d’amélioration. Maîtrisant son sujet et sa technique, c’est au support qu’elle s’attaque : elle troque alors ses toiles de lin contre… de l’acier ! Commence alors une période d’expérimentation : trouver le fabricant des plaques puis le vernis pour que la peinture accroche et encapsuler le tout dans de la
résine pour éviter que l’ensemble ne bouge. Le résultat est unique, son style plaît et le succès est au rendez-vous.

En 2014, nouveau hasard de la vie. Un de ses amis vient la chercher à une exposition en Rolls-Royce Corniche II. Intriguée par la voiture, l’artiste demande à soulever le capot. « J’aimais déjà les belles voitures mais je n’avais jamais considéré en dessiner. Quand j’ai découvert le moteur de la Rolls, je l’ai trouvé magnifique et ce fut le premier d’une longue série. » Une véritable révélation pour Sandrine qui va se consacrer pleinement à son sujet, délaissant les paysages urbains. « J’éprouve un plaisir immense à peindre des moteurs. J’aime plonger dans des détails si petits que je perds même la notion qu’ils appartiennent à un ensemble. » Un sujet qui lui demande d’adapter sa technique. Le travail commence par les photos pour trouver un angle dynamique, puis vient le tracé de la perspective au feutre gouache sur l’aluminium brossé (qui a remplacé l’acier pour des questions de poids) et enfin la naissance de la peinture elle-même.

L’objectif n’est pas de réaliser un dessin d’ingénieur mais d’arriver à faire ressortir le caractère de chaque moteur. « Je choisis mes modèles en fonction de leur esthétique mais aussi pour ce qu’ils ont de mythique. Je les vois comme des véritables bijoux et c’est la façon dont je veux les représenter. » Une approche qui l’a logiquement amenée à peindre des 6 cylindres boxer. « C’est un moteur que j’aime beaucoup parce qu’il est très graphique, notamment grâce à la présence structurante du ventilateur. J’aime aussi ajouter la ligne d’échappement et sur les moteurs Porsche, elle est toujours mise en valeur et intégrée à un ensemble cohérent. Je trouve ça vraiment très beau. En plus, j’aime l’idée qu’il ne se laisse pas découvrir facilement vu son emplacement. C’est un moteur qui se mérite ! » Pourtant, à la découverte de la 911 dernière génération, Sandrine n’a pas pu cacher sa frustration de ne pas pouvoir admirer la mécanique. L’occasion pour elle de porter son regard sur la ligne extérieure. « Autant le moteur doit être sophistiqué, autant la ligne est d’une grande pureté. J’aime l’avant de la 911 qui a un côté bestial et qui lui donne un caractère à part. C’est quelque chose qui m’aide lorsque je peins le moteur : c’est le cœur de la voiture, il doit donc être cohérent avec le caractère extérieur pour lui donner vie. » Sandrine travaille au gré de ses inspirations mais également sur commande. « Les moteurs Porsche font partie de ceux qui ont le plus de succès. D’ailleurs, quand j’ai fait mon premier flat 6, j’ai dû en peindre plusieurs autres dans la foulée car les Porschistes sont une vraie famille et le bouche à oreille va très vite ! Je travaille aussi sur commande, sur la voiture d’un propriétaire. Mais si j’ai un doute sur le résultat esthétique final, je préfère décliner la proposition… comme quand on me demande d’ajouter une carrosserie autour ! »

Une bien belle façon de rendre hommage à des chefs-d’œuvre mécaniques trop souvent cachés sous des capots. En les affranchissant de leur carrosserie, Sandrine Blondel les représente comme des bijoux sortis de leur écrin, une idée finalement plus féminine qu’elle en a l’air à première vue.

Pour découvrir les œuvres de Sandrine Blondel, rendez-vous sur www.sandrineblondel.com

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